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Pollution lumineuse : problèmes et remèdes

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Par Jean-Michel LAZOU administrateur de l'ANPCN, responsable de la commission " Éclairage ".


Publié le : mardi 18 novembre 2003, par  La rédaction





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Source Astronomie magazine n° 3 - Juin 1999

Fléau bien connu des astronomes amateurs, la lumière artificielle dispersée vers le ciel gêne les observations et la prise de vues photographiques. Des solutions simples existent pourtant, qui ont fait leurs preuves du point vue de l'efficacité et des économies qu'elles permettent. Une association, l'A.N.P.C.N. (Association Nationale pour la Protection du Ciel Nocturne), s'est lancée dans une véritable croisade pour promouvoir ces solutions. Un combat de longue haleine qui n'en est qu'à ses débuts.

La pollution Lumineuse générée par un excès de Lumière est principalement engendrée par certains types d'éclairage dont le flux lumineux n'est pas convenablement rabattu vers le sol. Le phénomène est accru par la luminance propre de la surface éclairée, laquelle réfléchit vers le haut une partie variable de la lumière émise, et par l'état de l'atmosphère plus ou moins chargée d'humidité, de gaz et de poussières en suspension. Une véritable cloche de lumière inonde ainsi les villes et de plus en plus souvent la campagne, venant masquer les étoiles jusqu'à les faire totalement disparaître. A des dizaines de kilomètres de distance, voire beaucoup plus, un halo lumineux blanchâtre ou orangé salit une partie de la voûte céleste en dénaturant la splendeur du ciel nocturne. Les éclairagistes contestent en général Le terme de " pollution " applique à la lumière, considérant qu'il est excessif en comparaison avec d'autres nuisances autrement plus graves qui frappent et menacent notre planète. Pourtant, ils s'intéressent aujourd'hui de plus en plus à la réflexion menée par les astronomes et les amateurs du ciel étoilé, rejoints depuis quelques temps par d'autres spécialistes, écologues et biologistes notamment.

Un envahisseur aux effets mal connus

En 1667, le Roi Soleil fondait l'Observatoire de Paris... mais créait aussi la même année le premier " éclairage public " digne de ce nom. Depuis, astronomie et éclairage public n'ont pas toujours fait bon ménage. Mais les astronomes ne sont pas les seuls à en subir les effets. La généralisation de l'éclairage public (qui s'est produite très rapidement à l'échelle du temps de l'évolution des espèces vivantes) a produit une transformation artificielle et subite de l'environnement, affectant l'équilibre des écosystèmes sur d'immenses pans de territoire autrefois soumis à l'alternance naturelle du jour et de la nuit. Les conséquence de cette explosion de lumière sur le développement de la faune et de la flore sont encore mal évaluées (les espèces prédatrices et dominantes s'y adaptent et en profitent sans doute mieux que les autres). On n'a pas non plus bien mesuré l'influence d'un éclairage nocturne permanent sur nos références et nos représentations mentales (la nuit en tant que telle n'existe déjà plus depuis longtemps pour les enfants des grandes villes). L'utilisation permanente de la lumière artificielle modifie aussi progressivement, sans qu'on y prenne vraiment garde, le réglage de la vie sociale : la nuit éclairée se différencie de moins en moins de la journée (travail, transports, communication, loisirs...). Il n'y a pas de législation globale sur l'éclairage en France. Des réglementations s'appliquent pour certaines zones protégées bien délimitées (quartiers historiques, sites classés, grands aéroports, quelques observatoires astronomiques...). La sécurité routière et le Code de la Route définissent pour leur part des normes à respecter, qu'il s'agisse des éclairages actifs, des systèmes rétro-réfléchissants ou des sources situées dans l'environnement proche des voies de circulation. Tout Le reste est soumis à la pression du marché, malgré des recommandations édictées par l'Association Française de l'Éclairage. Au final l'élu (le Maire principalement), l'administration (Équipement, etc.), le chef d'entreprise ou le particulier décident comme ils l'entendent plus ou moins bien guidés dans leurs choix. Or les différents intervenants (services techniques municipaux artisans...) ne sont guère sensibilisés aux problèmes de pollution lumineuse. Assurer la sécurité passe sans doute par un bon éclairage. Mais éclairer mieux ne consiste certainement pas à éclairer plus et sur tout pas n'importe comment et n'importe où. La réduction de la pollution repose sur des solutions très simples efficaces et économiques. Pour mieux rabattre le flux vers les surfaces à éclairer il suffit de mettre en place des luminaires dotés d'abat-jour ou de réflecteurs et pour les projecteurs d'adopter un dispositif interne de réfraction ou des volets extérieurs réglables. Pour un coût d'investissement sensiblement égal un éclairage bien conçu offre un rendement bien supérieur. Il améliore la sécurité et le confort et se révèle en outre beaucoup moins coûteux à l'usage : il génère des économies de maintenance (entretien et réparations) et surtout de fonctionnement (consommation d'énergie réduite bien souvent de 30 à 50 % selon les cas).

Choisir le bon éclairage

Pour un éclairage fonctionnel ou routier, on choisira des sources aux vapeurs de sodium haute pression. Leur lumière blanche légèrement dorée donne un rendu de couleur et de contraste bien adapté à la sécurité des usagers et rayonne dans des longueurs d'onde que l'astronome parvient à filtrer assez convenablement. Lorsque cela est possible et compatible, on pourra employer des lampes au sodium basse pression. Elles diffusent une lumière jaune orangée à haut rendement, mais dont le rendu de couleurs est désastreux ; de surcroît, elles nécessitent des ampoules de très grandes dimensions réservées aux tronçons d'autoroute, aux tunnels et aux parkings. Monochromatique, cette lumière est en revanche facilement filtrable. Si la source lumineuse est un paramètre important, le facteur essentiel porte sur le choix des luminaires qui devraient systématiquement être coiffés de réflecteurs en aluminium brillanté ou munis de dispositifs internes de réfraction. Cette technique connue permet de diriger convenablement le flux et d'éviter le gaspillage d'énergie. Les coûts d'investissement et de maintenance sont faibles et l'installation ne pose aucun problème. Pour un éclairage résidentiel ou d'ambiance, les luminaires de type " boule " ou globes, munis d'ampoules non protégées, sont à proscrire : ils diffusent la lumière dans toutes les directions. Peu chers à l'achat mais très coûteux à l'utilisation et à l'entretien, ils sont les ennemis jurés de l'astronome. Pour éviter la dispersion verticale, il est néanmoins possible d'adapter sur l'ampoule un paralume à ailettes circulaires opaques, assez larges et inclinées vers le sol, mais l'efficacité est très faible à l'horizontale. Il convient avant tout d'installer des luminaires avec des abat-jour larges et débordants, recouvrant l'ampoule. Celle-ci doit être liée au fond du luminaire et n'être visible (et donc éblouissante) qu'à quelques mètres du lampadaire. Ainsi conçu, l'éclairage est bien rabattu et le choix de la source (mercure, sodium...) n'a plus beaucoup d'incidence sur le phénomène de pollution lumineuse directe. Dans les sites industriels et commerciaux, les gares de triage, les aéroports, les terrains de sport, ou encore pour illuminer églises et monuments, l'utilisation d'un éclairage très dispersif pose des problèmes plus difficiles à résoudre. En effet, pour des raisons techniques, pratiques ou esthétiques, il ne s'agit plus d'éclairer une surface mais un volume. L'optique interne des projecteurs utilisés et les volets extérieurs réglables permettent théoriquement de contenir en partie les débordements de lumière. Hélas, malgré quelques réussites remarquables, on assiste encore trop souvent au spectacle navrant d'une mise en lumière coûteuse, excessive et incontrôlée toute la nuit durant.

Ce n'est pas la peine d'en rajouter

Un nouveau fléau s'ajoute à toutes ces nuisances : on voit de plus en plus souvent des projecteurs mobiles à haute intensité (indûment appelés lasers) qui balaient le ciel au-dessus des discothèques ou des zones de loisirs, défigurant et perturbant l'environnement nocturne à des dizaines de kilomètres. Ils rendent impossible l'observation du ciel et la prise de clichés astronomiques, et constituent une forme de publicité sauvage non contrôlée, et pour chacun un " trouble de voisinage " manifeste. Quel est donc l'intérêt pour une boîte de nuit (sic) d'éclairer comme en plein jour ? Des démarches sont en cours, en France et dans le monde, pour sensibiliser les pouvoirs publics au problème de la pollution lumineuse et les convaincre de protéger le ciel de toute agression. En France, un article de la loi de 1995 portant renforcement de la protection de l'environnement traite déjà de ce problème (loi n° 95-101 article 53 II, suivi du décret n° 96-946). Ayant rapidement montré son insuffisance, cette disposition fait aujourd'hui l'objet de nouvelles approches juridiques et pluridisciplinaires. Il nous reste à espérer que cette réflexion débouchera, et rapidement, sur une réglementation plus efficace.



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La rédaction

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